26.11.05

Chapitre 16 – La revanche des Cités

L'univers danse sa folle sarabande, et les corps célestes, tels des gouttes d'eau sur la vitre d'une voiture en marche, glissent, se téléscopent, fusionnent, font des sauts de cabris et accélèrent tour à tour. Les soleils deviennent des spermatozoïdes éclatants qui tourbillonnent sans logique apparente. Et puis, imperceptiblement, l'univers reprend une semblant de cohésion. Les amas d'étoiles s'ordonnent gentiment, les planètes reprennent leurs orbites habituelles.

Dans ce cosmos assagi, ma conscience peut enfin se dégager et réintégrer mon corps, qui étonnamment ne me fait absolument pas souffrir.

Une petite voix intérieure me questionne :
- Comment vas-tu ?
Tiens donc ! Ce bon vieux Général Pyjama
- Tu m'as manqué Ackbar, je te croyais perdu.
- Et bien non. c'est toi qui a disparu...
- Combien de temps ?
- Bien trop longtemps. Tu peux te lever ?
- Essayons pour voir.

Un léger vertige m'envahit, mais je reprends de la lucidité avec l'air frais du dehors. En ouvrant les yeux, je vois un trottoir, puis en les levant, je tombe sur l'entrée d'une un église russe orthodoxe. En revanche, la rue ne me semble pas typiquement parigotte. Je fais quelques pas vers le carrefour quand j'aperçois, qui dépasse au-dessus des toits, l'ange de la Place de la Bastille.

Quel soulagement, au-moins ce Paris ressemble au mien ! Et puis je dois reconnaître que je reviens particulièrement près de chez moi pour mon billet de retour. J'ai une faim de loup, je vais vite voir si les tartines baguette sont ressemblantes à celles de mon monde d'origine...et si ils acceptent les euros (j'ai toujours un billet de cinq froissé au fond d'une poche).

Je ramasse un journal gratuit qui dépasse d'une poubelle. Un garçon déjà fatigué prend ma commande de thé et de tartines. Je me plonge dans le canard. Et c'est là que j'accuse le coup en découvrant la date imprimée. Cinq jours entiers se sont évaporés. Et j'ai peur de découvrir que ce que je vais trouver sur ces pages ne correspond pas à ma réalité.

La une du canard parle d'écoles et de voitures brûlant un peu partout. Le gouvernement va décréter l'état d'urgence, comme pendant la guerre d' Algérie. On parle du malaise des banlieues, du chômage, de la polygamie, de l'échec de l'intégration. Le tout sur fond de démission du premier flic de France. Flic qui, d'un autre côté, fait interdire secrètement la sortie d'un livre à propos des amours de sa femme.

Pour le coup, si tout semble plausible et compatible avec mon vécu, j'ai la désagréable sensation d'avoir débarqué sur la mauvaise Terre. Je tourne les pages sur d'autres nouvelles. Abigaël, le fondateur de l'Eglise de l'Ultime Apocalypse est mort dans de mystérieuses circonstances; l'expo Star Wars à la Villette cartonne; la dernière grève des transports est passée inaperçue et un nouveau jeu fait fureur, le Sudoku.

Je décide de grimper dans un bus qui est en tant pareil à celui que je prenais encore pour rentrer à la maison. Je détaille discrètement les visages des voyageurs. Ils ont l'air un rien plus tendus et fermés qu'en mon souvenir, avec les mêmes têtes de parisiens effacés. En descendant à mon arrêt, j'ai un nouveau choc visuel, des parcmètres ont poussé tout le long de ma rue.

Le doute s'empare un peu plus de ma raison défaillante. Suis-je dans la bonne réalité ?

Mon voilà au pied de mon immeuble. Le code... ouvre la porte. Je respire un grand coup. Tout semble pareil et pourtant tout a changé. A commencer par moi. J'ai la sensation que le hall de l'immeuble a rétréci. Et que ce bac de plante n'y était pas. L'ascenseur aussi a rapetissé. Voilà ma porte à présent. Et la clé opère sans problème. Une grande bouffée de joie me submerge alors. Car je ne pense qu'à une chose, en fait toujours la même, depuis plus d'une semaine... dormir !!!!

Et là, patatras, c'est le coup de bambou. Ma joie du moment se mue en angoisse totale. Je ne reconnais rien, mais rien de rien de ce qui fut mon chez moi. Le parquet dégueule de robots, toutes les étagères sont pleines à craquer d'individus qui lèvent les poings et brandissent des armes. Il y en a partout. Si c'est moi qui les ai chinés, je sais bien que ce n'est pas moi qui les ai mis là...
C'est pas bon ça, pas bon du tout... Et je n'ai pas la force d'y faire face.

- Shaz, tout nous raconter tu dois, me dit Yoda en guise d'accueil, du haut de son Conseil. Un Grand Conseil qui heureusement, n'a pas bougé de place.
...
- Shaz ?
Je ne réponds pas. Je zappe. Je sors le Général Ackbar et le lâche au milieu du Conseil. Le pauvre n'aura pas grand-chose à leur dévoiler. Comme les robots de la place, je suis sans réfléchir la trace qui relie l'entrée à ma chambre.

Chambre elle aussi peuplée de jouets. Je me jette enfin sur le lit et tombe dans la seconde dans un rêve effrayant où je suis assis, un teckel aveugle sur les genoux, et où j'assiste, dans un salle secrète de la secte de l'Ultime Apocalypse, à la mise à mort rituelle d' Abigaël par décapitation.


Posté par shazam à 12:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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