05.11.05

Univers parallèles - Chapitre 14

- Hé ! Mais que s'est-il passé ?
Un peu hébété, je secoue la tête et des pellicules glacées s'éjectent, un peu à la façon du Yéti pour la pub Tic-Tac à la télé. Je contemple mes mains, devenues blanches et scintillantes comme neige au soleil. Ainsi que tout le reste de mon corps d'ailleurs. Et à côté de moi se tient la belle dame de givre, Ashanti. Qui est à présent aussi grande que moi. Je présume qu'en fait, c'est plutôt moi qui suis devenu aussi petit qu'elle. Je découvre l'intérieur de la boule de neige où je me tiens. Elle est constellée de minuscules cadrans, boutons et autres leviers. On se croirait devant le tableau de bord du Faucon Millenium, en version givrée.

Ashanti se tourne doucement vers moi.
- Accroche-toi, Shaz, je t'emmène dans le château.

La fée de glace effleure une touche et la boule se met en mouvement. Nous nous dirigeons vers le château qui, à l'inverse de mon arrivée, se met à grandir. A grandir encore et encore. Nous n'avons pas atteint le pont-levis que l'édifice semble plus grand et imposant qu'une montagne. Une boule d'angoisse (et pas de neige) monte en moi et les sons cristallins dans l'air n'arrangent pas l'affaire, jaillissant alors telle un chorale symphonique.

Nous franchissons l'entrée et filons dans un hall démesuré aux murs de glace. Sur ses parois sont gravés de gracieux symboles, des runes qui paraissent me parler du fond des âges fondateurs de l'Univers. Régulièrement dans le hall se découpent des arches non moins impressionnantes. J'ai la sensation soudaine d'avoir vécu ce moment, j'ai traversé ces mêmes portes lors de ma récente transe dans mon salon.

Confirmant cette impression, voilà que les runes cèdent la place à un incroyable bestiaire, des anges, des licornes, tous taillés dans les glaces, des dragons et des fées, aux reflets inquiétants, comme autant de silhouettes intimement liées...

Je distingue au bout du hall une lumière vive qui s'intensifie au fur et à mesure que nous la rejoignons. Ashanti attrape mon bras.
- Ferme les yeux Shaz, nous approchons de notre destination.

Je lui obéis et je perçois brusquement à travers mes paupières closes une forte, que dis-je, une très forte lumière. La symphonie cristalline prend de l'ampleur et devient un son suraigu insoutenable. Une fournaise m'envahit et me fait me recroqueviller sur place. La chaleur intense se mue en une énergie incommensurable qui s'empare de chaque fibre de mon corps. Mon instinct de survie se bat tant qu'il peut mais je sens distinctement qu'il n'est pas de taille à rivaliser contre cette force démentielle. La voix d'Ashanti me soutient.
- Laisse toi faire, cela ne durera pas.

Plongeant au tréfonds de mon âme, je cède toute vélléité de combat et je m'abandonne enfin à la force toute-puissante. Je me meurs.

Très loin de là, dans un monde bien connu qui gravite autour d'une grande tour métallique qu'on appelle Eiffel, un téléphone portable noir, top tendance, se met à vibrer sur un canapé tout cuir. Une main délicate s'en saisit.
- Oui allô ?
- Salut Wally, c'est Luxkai.
- Salut mon chouchou !
- Arrête tes conneries. Je t'appelle pour t'annoncer que j'ai reçu les actions que j'attendais.
- Alors si le Mage a fait le nécessaire de son côté, nous devrions être à présent actionnaires majoritaires.
- C'est parfait. La phase 2 de notre plan peut commencer.
- A bientôt mon lapin.
- Tu fais chier Wally. Allez, à plus.

- Tu peux ouvrir les yeux.
Je renais à la vie par la voix d'Ashanti. J'ouvre les yeux et je reste bouche bée devant le spectacle de ma nouvelle vie.
A perte de vue, en largeur, en hauteur et en profondeur, s'alignent des planètes. Des planètes qui ressemblent plus ou moins à la Terre. Si j'étais au cinéma, je me croirais devant une scène du guide du routard galactique, quand il arrive à l'atelier de création de planètes. Je ne sais s'il s'agit encore d'une illusion d'optique, mais d'où je suis chaque planète ne semble pas plus grande que notre boule de neige volante. Je me tourne vers Ashanti.

- Où sommes nous donc arrivés ?
- Nous voilà dans la salle de tous les possibles. Tu as devant l'infini des mondes parallèles au tien.
Sur cette Terre-là, fait-elle en tendant l'index, les flamands roses sont violets car les crevettes sont roses et bleues. Dans celle-ci, les dinosaures n'ont pas disparu, ils ont évolué et conduisent d'immenses avions.
- Non ? Trop délire !
- Sur celle-là, tu ne collectionnes pas de jouets, tu es acteur de cinéma...
- Ouais, j'adore !!!
- Seulement le meilleur film jamais réalisé là-bas est plus débile que...
- Brice de Nice ou les Power Rangers, ultime mission ?
- Sans doute.
- Ah oui, alors forcément ça calme.
- Et dans cette Terre, tout au bout là bas, l'autogestion anarchique a supplanté toutes les religions et les hommes vivent un âge d'or...
- Oh woaa! Là ça donne envie. On peut y aller ?
- Si tu veux y passer le restant de tes jours, pourquoi pas ? Tu peux aller sur n'importe lequel de ces mondes, pour revenir c'est une autre histoire... D'ailleurs...
- Non ! Ne me dis rien, s'il te plait...

Je commence à prendre l'habitude du voyant rouge qui clignote frénétiquement dans ma tête. Je ne saurais dire comment, mais j'ai développé en un temps record cette espèce de sixième sens qui me dit "Votre attention s'il vous plait ! Les embrouilles dans dix secondes !". Et en réfléchissant un peu, je devine de quoi il peut s'agir.
- J'ai compris. Parmi toutes les planètes que j'aperçois, je vais devoir trouver celle qui m'appartient pour mon chemin du retour.

- Oh Shaz, je suis réellement impressionnée, me répond la dame de givre.
- J'espère que tu le seras encore plus quand j'aurais choisi...

Il ne me reste plus qu'à décrocher le jackpot, avec une chance sur des millions de milliards...


Posté par shazam à 18:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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