17.10.05

Jeux de la mort - Chapitre 12

Une mosaïque d'écrans s'agite sur tout le mur de droite du loft qui surplombe la cité. Le son est coupé, mais cela ne gêne pas le spectateur qui peut lire sur les lèvres. L'interlocuteur de Wally, celui qui se fait appeler le Mage, pose son verre d'eau sur la table basse. Notre homme s'extirpe de sa bulle et étire doucement son corps parfait.

Son regard ne distingue plus les lumières de la ville et les images qui défilent contre le mur. La guerre, les inondations, les prises d'otages, les grèves, les assauts de clandestins, les tremblement de terre et les explosions se dissolvent en un fondu au noir.

Après être resté un long, très long moment, les yeux fermés, bras tendus au-dessus de la tête et en équilibre sur la pointe des pieds, le musculeux Mage enchaîne des reptations étranges, auxquelles succèdent de nombreux katas, des suites de coups de pied et de coups de poing, toujours plus rapides. Il exécute enfin d'improbables et périlleux sauts carpés et tendus.

Accroupi, l'homme reprend rapidement son souffle, se détend comme un diable et saisit une barre noire qui traverse le loft en largeur à trois mètres du sol. L'athlète tourne autour de la barre, se stabilise tête en bas, jambes collées et passe à l'équerre au ralenti. Il entame alors une série de tractions, relâche sa prise, reste un instant comme un pantin sans vie, et recommence. Et recommence encore.

Dans le petit deux-pièces du seizième arrondissement, les membres du Grand Conseil se remettent tout juste de l'effort psychique fourni pour contrer l'assaut. Leurs pensées se désengourdissent, s'étirent et s'allongent à l'infini, et se reforment enfin.

Sidéro bipe trois notes et annonce à l'assemblée :
- Le calamarien et l'humain ont dépassé notre limite de contact...
- Nous sommes livrés à nous-mêmes ! s'affole le Scrameustache,
- Nous ne pouvons absolument pas laisser notre situation stagner, reprend Hammerhead, il reste de nombreux frères extra-humains à déballer au plus tôt !
- Et sans Shaz, nous sommes impuissants ! glapit le Scramy
- Pas nécessairement, le contre Yoda
- Maître éclairez nous, lui répond Albator.
Le Maître prit une pause et souffle :
- En osmose télé-kinésique, opérer nous devrions...
- Vous voulez dire qu'on pourrait libérer nos frères par notre simple volonté, fait Hammerhead ?
- A la seule condition que tous ici participent, y arriver nous pouvons.
- Alors, fit l'alien à tête coudée, commençons donc par l'homme des sables sur la table basse du salon.
- Fort bien, membres du Haut Conseil, sujets humains, extra-humains et androïdes, que se concentre à présent chacun...
- Et c'est parti... ne peut s'empêcher d'ajouter Scramy sur son socle.

Les jets d'eau froide de la douche s'arrêtent, au bout de six minutes, fidèles à la programmation indiquée. Le Mage compte mentalement.
Un. Deux. Trois.
De petits cours d'eau filent et roulent encore sous les muscles saillants du Mage.
Quatre. Cinq. Six.
Il sort de la douche, saisit une serviette et se frictionne le corps en commençant par l'entrejambe.
Sept.
L'homme sans nom effleure une touche au mur et les moniteurs muraux du séjour s'éteignent.
Neuf. Dix. Onze.
Il passe dans une pièce adjacente, une autre pièce toute noire, où l'attend sur un banc de musculation une combinaison qu'il enfile en silence.

A un jet de pierre de là, dans le même silence total. Les aliens, les dinosaures, les cow-boys et les indiens, les super-héros et leurs vaisseaux spatiaux s'extirpent l'un après l'autre des cartons, enfilent comme par magie le salon et l'entrée de Shaz et se posent sur les étagères. On s'occupe aussi de fournir un peu partout des armes, des missiles et d'autres défenses plus ésotériques encore.

Hammerhead interrompt brutalement la concentration collective.
- On va vite manquer de place, camarades.
- On pourrait mettre Jabba le Hutt dans les toilettes, fait aussitôt le Scrameustache, il sera royal là-bas... avec toute sa cour... et pour sa sécurité... en prime... une paire de chasseurs de primes !
- C'est absolument hors de question ! lui rétorque Tête de Marteau.
- Ah ah ah ! Je trouve au contraire l'idée excellente reprend Albator.

Minuit et demi, du côté de Ménilmontant. Le bruit de la sono dans le hangar assourdit d'emblée les tympans de Luxkaï. "Ah ouais excellente idée cette déco rouge" lance le punk en tapant le bras du molosse devant la porte. Dans les lumières qui virevoltent, la crête slalome entre les fashionistas et les beaux gosses qui se toisent du regard.

La crête repère aussi les plateaux remplis de petits-fours et les rangées de flûtes prêtes à se remplir de champagne, et le cerveau qu'elle surmonte se dit qu'on est loin des inondations et des camps d'immigrés illégaux.

Luxkaï s'approche d'un photographe asiatique qui traine toujours dans ce genre de soirées. Il lui demande de poser, mais Luxkaï lui fait signe qu'il ne veut pas être photographié et sort un billet de 20. Le photographe colle son oreille contre la bouche de Luxkaï, puis se détache, hoche la tête et désigne l'arrière-salle enfumée. Les 20 euros changent de main.

Vingt-et-un.
Le Mage glisse ses dernières armes sous sa ceinture.
Vingt-quatre.
Il la boucle.
Vingt-cinq.
Il ferme son blouson.
Vingt-six.
Il consulte sa montre et s'arrête de compter. Le jeu de la mort peut commencer.

Le coude de Luxkaï s'enfonce violemment dans l'abdomen imposant qui tentait trop poussivement de lui échapper. Dans l'indifférence totale des fêtards présents, son propriétaire s'en va rouler sur le canapé contre le mur.
- Allez, rassieds toi donc, grosse raclure. Reste un peu avec moi. Tu vas pas me contrarier, après ce que j'ai fait pour toi ?
L'homme, à moitié replié, se met à trembloter sur le canapé en skaï devant Luxkaï.
- Je suis désolé Lux, j'ai fait mon maximum, mais j'ai que la moitié des actions que je t'ai promis.

Luxkaï se rapproche brusquement de sa victime.
- Ah ouais ? Et ma main dans ta gueule ?
- Arrête, tu sais très bien que ces actions-là ne s'obtiennent pas facilement.
La crête vient cogner le front gras de son interlocuteur.
- Et c'est justement pour ça qu'il ne s'est rien passé, hein ma grosse bouse ?
- Oui, oui enfin non, je ne dirai rien, tu penses...
- T'as tout faux, en ce moment, je pense que... si tu veux partir de la teuf, tu ferais bien de te couvrir, ne va pas attraper la mort...


Posté par shazam à 15:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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